Si la science
rencontre un vrai succès dans la presse écrite spécialisée,
particulièrement au sein des mensuels (exemple : Eurêka, mensuel
relativement récent, a déjà séduit un large
public de lecteurs), elle est confrontée à beaucoup plus de
difficultés dans les médias audiovisuels...
Dans les radios nationales, les sciences sont
loin de connaître un engouement semblable à la presse écrite.
Dans les journaux parlés, seuls l'actualité médicale
et les sujets en rapport avec l'environnement réussissent à
trouver une place honorable... Il est vrai que la santé est une des
préoccupations majeures des français, elle arrive juste derrière
l'emploi. Il faut aussi reconnaître que face à une pollution
de plus en plus présente dans notre vie quotidienne (fumées
d'usine, pollution automobile, bruits...), face aussi à la crise
de la vache folle l'homme de la rue est inquiet ; il veut être informé
et les radios remplissent assez correctement cette mission.
Mais, dans la plupart des cas, la science
se fait toute petite dans le grand concert de l'actualité quotidienne.
On peut le comprendre quand des événements majeurs comme la
guerre au Kosovo effacent toute autre information mais le constat est plus
grave quand l'actualité est calme.
Grave car la science devrait être à
l'origine de véritables débats de société. Le
cas des OGM, les organismes génétiquement modifiés,
en est une illustration parfaite. Apparus il y a quelques années,
ils sont à l'origine d'une polémique sur leur danger potentiel.
Les scientifiques eux-mêmes sont extrêmement partagés
: certains, à l'image du généticien Axel Kahn, pensent
que le danger est bien maîtrisé ; d'autres estiment qu'aujourd'hui
personne n'est capable d'affirmer que des cultures de maïs génétiquement
modifiés en plein champ ne présentent aucun danger pour l'environnement.
Aujourd'hui des OGM sont introduits dans notre
nourriture, certaines associations de consommateurs crient au danger et
interpellent le grand public. Un grand public désemparé, sans
"culture scientifique" suffisante pour se faire une idée
précise sur la question. Voilà un beau chantier ouvert aux
radios : faire une information pédagogique sur les OGM, fournir les
clefs pour comprendre la problématique. Or la réalité
est toute autre : mis à part quelques émissions d'excellent
niveau diffusées par France
Culture à des heures parfois incompatible avec une vie active, la
plupart des radios se contentent de sujets souvent superficiels au coup
par coup...
On pourrait dire la même chose sur le
nucléaire : qui aujourd'hui est capable de répondre, en toute
connaissance de cause, à cette simple question : la France doit-elle
poursuivre sa politique en matière de nucléaire ?
Il faut dire que la radio souffre de deux
maux. D'abord la radio ne propose pas d'images comme la télévision
or certains sujets très compliqués (comme ceux qui concernent
la physique des particules ou la matière interstellaire) sont difficiles
à traiter oralement, sans illustrations. Ensuite, le "format",
'c'est-à-dire la durée d'une information radio, est mal adaptée
à l'information scientifique : les sujets font rarement plus d'une
minute trente secondes.... Comment, dans ce cas, expliquer les dernières
recherches en cosmologie qui remettent en cause la valeur de la constante
de Hubble !
Loin de l'information "sensation"
ou "people", les sciences ont donc bien du mal à se faire
entendre sur la radio. On peut saluer la constance de France Culture qui
propose des émissions régulières mais qui malheureusement
s'adressent trop souvent à des initiés. Il faut aussi se réjouir
qu'une radio comme France Info ait, depuis sa création, souhaité
proposer un rendez-vous quotidien avec la science. Depuis qu'Europe 1 a
choisi de faire du "tout info", la science réussit à
se faufiler de temps en temps à l'occasion d'un débat... A
France Inter et RTL, deux stations qui comptent dans leur rédaction
un journaliste spécialisé, l'information scientifique reste
sous-représentée à l'antenne à l'exception du
domaine spatial pour lequel le suivi de l'information est tout à
fait satisfaisant.
Globalement les radios nationales ne répondent
pas à leur mission vis à vis des sciences... Aujourd'hui elles
sont encore incapables de proposer des émissions didactiques à
l'image de certaines chaînes de télévision comme M6
et son célèbre "E=M6" diffusé le dimanche
en "prime time" ou encore les émissions en direction des
jeunes diffusées sur La 5 ou France 3.
Bruno Rougier, rédacteur en chef de
Radio France Pays Basque |