Henri Gavel
"A propos du basque danga
«coup de cloche»"

Título de la publicación: Revista Internacional de los Estudios Vascos

Año de la publicación: 1931

Páginas del artículo: 116-118

Resumen: García de Diego afirma que las onomatopeyas como "borbor" (ebullición) o "danga" (golpe) no pueden utilizarse para relacionar lenguas. Gavel está de acuerdo y da la etimología de "danga" que posiblemente venga del latín "tangere".

Dans le remarquable discours, plein d’idées justes et d’aperçus fort suggestifs, qu’il a prononcé en réponse au discours de réception de Mr. Julie de Urquijo à l’Académie Espagnole, Mr. V. Garcia de Diego fait la remarque suivante:

«Por último, hay que huir de la prueba excesiva. Un elemento desconcertante que se ha manejado para relacionar el vascuence con diversos idiomas, es el que constituye lo que podíamos llamar patrimonio humano, naturalmente común, especialmente el extenso fondo onomatopéyico vasco, que ha servido para sonar relaciones familiares y hasta para demostrar alternativas fonéticas. Ni la identificacion del hebreo bur con el vasco borbor (ebullicion) prueba nada, ni danda, danga, tanka (golpe), pueden servir, como quieren Uhlenbeck y Gavel, para fundamentar leyes fonéticas.»

Le principe que formule ici, en termes excellents, Mr. García de Diego, est parfaitement exact, et il ne doit jamais être perdu de vue dans les rapprochements linguistiques. D ’autre part, nous ne discuterons pas la justesse du premier des deux exemples cités: celui de l’hébreu bur et du basque borbor. Mais en ce qui concerne danga et ses variantes, et tout en admettant qu’il puisse être, à la rigueur, une forme onomatopéique, nous exposerons ici les raisons qui nous font voir plutôt en lui un emprunt au radical du verbe latin tangue. Il y a, à notre avis, tout un ensemble de circonstances concordantes.

1.º Au point de vue sémantique, il est à observer qu’en roman l’une des principales valeurs prises par les représentants de tangere est celle de sonner les cloches: c’est un des sens de l’espagnol tañer, (ainsi que de son substitut sémantique tocar). Or danga ne désigne pas, comme pourrait le faire croire le passage cité plus haut du discours de Mr. García de Diego, un «coup» quelconque, mais un «coup de cloche» (campanada). C’est la seule acception qu’on lui connaisse en un grand nombre de variétés dialectales. Sans doute, aux articles danda, danga et tanka, le Dictionnaire d’Azkue mentionne d’autres significations, mais il est facile de les ramener à la première: celles-ci, par exemple: «bruit produit par une chose lourde qui tombe» (Dicc, I, p. 198, col. 2), «chute brutale» (article danda, 3ème acception, ibid., I, p. 198, col. 1). Une autre acception donnée par Azkue comme salazaraise pour la variante danda, «uno de los plazos de una obligación pagadera en varias porciones», peut, semble-t-il, se ramener au sens général de «coup de cloche»: c’est apparemment le coup de cloche ou d’horloge idéal qui marque le terme d’un temps convenu; (ibid., I, p. 198, col. 1). Même le sens de «beber haciendo ruido en la laringe» enregistré par Azkue pour l’expression danga-danga edan (biscayen et bas-navarrais) peut s’interpréter comme impliquant la même idée: c’est, apparemment, boire en faisant sonner le larynx.

2.º Phonétiquement et morphologiquement le radical du latin tangere a dû normalement donner en basque danga:

a) Que le t initial latin (ou même roman, quand l’emprunt est ancien) donne en basque un d, c’est un principe si connu que nous n’y insisterons pas. Que le d ainsi obtenu puisse exceptionnellement redevenir t, comme dans la variante tanka, c’est également un fait d’ordre courant, et qui ne doit pas nous étonner.

b) D’autre part, pour les verbes de la 3ème conjugaison latine où le radical était terminé par un c ou un g, le radical basque correspondant présente un a final, car ces verbes ont été assimilés à ceux qui provenaient de la 1ère conjugaison latine; leur participe passé, notamment, est en -atu. Par suite, le c ou le g final du radical latin, au lieu de perdre son articulation primitive pour évoluer de façons diverses comme cela s’est produit dans la plupart des langues romanes (-ng-, par exemple, donnant ñ dans l’espagnol tañer), est resté en basque une explosive vélaire. Ainsi les radicaux des verbes latins pascere, parcere, benedicere, maledicere et intelligere ont donné respectivement barka, barka, benedika, maradika et endelga (souletin enthelega). Les participes passés sont bazkatu, barkatu, benedikatu, etc (1). Dans ces conditions, le latin tangere a pu donner très régulièrement un verbe dont le participe passé aurait été dangatu et le radical danga. Sans doute le verbe dangatu ainsi supposé a disparu aujourd’hui, semble-t-il, dans tous les dialectes; mais son radical a pu subsister avec la valeur d’un nom. Cela est d’autant plus vraisemblable que le radical, dans les verbes basques à participe passé en -tu, a une existence individuelle: il constitue véritablement un mot, et non pas seulement un simple noyau servant de support à des flexions. En de nombreux dialectes on dira, par exemple: Barka zazu! «Pardonnez!», Etzazula barka! «Ne pardonnez pas!», Barka! «Pardon!». Dans ces conditions un radical peut facilement soit engendrer un nom, soit le devenir lui-même.

Que par sa consonnance même danga ait paru, par la suite, avoir une valeur onomatopéique, cela est fort vraisemblable. Et nous avons nous-même indiqué ailleurs (2) cette interprétation onomatopéique comme ayant pu causer ou faciliter l’assimilation du g au d dans la variante danda. Mais, encore une fois, l’ensemble des trois concordances indiquées ci-dessus, la première de caractère sémantique, les deux autres de caractère phonétique ou morphologique, ne laisse pas, croyons-nous, d’étre frappant, et c’est lui qui nous a déterminé (comme sans doute Mr. Uhlenbeck lui-même) à voir l’origine du basque danga dans le verbe latin tangere.

H. GAVEL


(1) Le passage, en basque, d’un type de la 3ème conjugaison latine à un type de la Ière n’est d ’ailleurs pas spécial aux radicaux terminés par une explosive vélaire; témoin izkiribatu, du latin scribere. (RETOURNER)
(2) Voir Elémens de phonétique basque, Rev. internat. des ét. b., année I92I. p. 349. (RETOURNER)



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