Henri Gavel
"Victor Hugo et le basque"

Título de la publicación: Revista Internacional de los Estudios Vascos

Año de la publicación: 1918

Páginas del artículo: 71-74

Resumen: Victor Hugo considera que Gastibelza, el héroe de una canción, quiere decir "gazte beltza", joven negro. Por otro lado, llama Ibaïchalval a Ibaïchabal (variante de Ibaizabal) aunque no se sabe si en el original también se ha escrito así o es debido a las posteriores ediciones.

Victor Hugo paraît avoir su quelques mots de basque. Tout d’abord, il semble bien que le nom de gastibelza, l’homme à la carabine, le héros d’une chanson fameuse, soit un emprunt au basque. Gastibelza paraît avoir voulu être, dans l’intention de l’auteur, «gazte beltza», c’est-à-dire le jeune homme noir.

On peut reconstituer d’une façon vraisemblable ce qui s’est passé lorsque Victor Hugo a forgé ce mot. Il se sera renseigné auprès de quelque Basque, qui lui aura fourni le mot gaztea, en prononçant, comme il est d’usage, gaztia. Victor Hugo, sachant que l’a final jouait le plus souvent le rôle d’article, aura retranché l’a de gaztia; mais il ne savait sans doute pas assez de basque pour se rendre compte que si l’on supprimait cet a final, il fallait rétablir l’e de gazte, et il a conservé ainsi une forme fautive gazti ou gasti.

Quant à la suppression du t de Beltza, elle est facile à expliquer, surtout si c’est auprès d’un Basque espagnol que Victor Hugo a puisé ces renseignements. La réduction de tz à z est même normale dans la transcription en espagnol des noms propres basques.

On trouve aussi un emprunt au basque, et bien évident celui-là, dans le Petit roi de Galice, l’une des pièces les plus connues de la Légende des Siècles. Dans cette pièce il est question à plusieurs reprises d’un torrent que l’auteur désigne sous le nom de Ibaïchalval: telle est du moins la forme que donnent les éditions courantes; il paraît bien évident que c’est là une forme fautive pour Ibaïchabal, (variante de Ibaizabal). Je n’ai pas eu la possibilité de me reporter à l’édition originale, pour vérifier si réellement Victor Hugo a bien écrit Ibaïchabal: dans ce cas l’altération Ibaïchalval serait le fait de ceux qui ont dirigé l’impression des éditions ultérieures, et il serait injuste de faire retomber sur Victor Hugo la responsabilité de cette altération fautive, il lui serait arrivé la mésaventure qui est réellement arrivée à Théophile Gautier pour le sous-titre de son Voyage en Espagne. Gautier, dans ce Voyage, se distingue par son souci de l’exactitude, et Mme. Pardo Bazán lui a rendu justice en ces termes: «Entre los Viajes de Gautier descuella el de España titulado Tras los montes, inmejorable descripción, sobria, intensa y bañada por el sol de Mediodía. Ignoro por qué se ha repetido à bulto que Teófilo Gautier estampaba patrañas como Dumas: es, por el contrario, sumamente veraz, nada enfático, exagerado ni declamatorio, y no sólo evita incurrir en los peregrinos errores de Victor Hugo, sino que los nota y los corrige. Estos viajes por España, así como los de Italia y Rusia, han conservado su gracia y su amenidad y deleitan hoy como el día en que se escribieron». Or, Gautier avait donné au sous-titre de son Voyage en Espagne une forme correcte: Tras los montes. Mais on sait que les étrangers, particulièrement les Français, ont la manie de faire parler les Italiens en espagnol, et les Espagnols en italien: c’est à cette manie que nous devons, par exemple, le Fra Quiroga de la Vierge d’Avila de Catulle Mendès, admirable perle auprès de laquelle le Fray Bosquito de La Afrancesada de Tancrède Martel ne brille plus d’aucun éclat!

Quelquefois, cette manie a pour effet la création de mots hybrides, qui sont à égale distance de l’espagnol et de l’italien, comme par exemple l’ermitage de San Luca dont il est question dans le Don Quichotte de Richepin.—Cédant à cette manie les éditeurs ont pris l’habitude de supprimer l’s du mot tras dans le sous-titre du livre de Gautier, et cette forme fautive est devenue si normale dans les éditions courantes, que lorsque par hasard un catalogue de bouquiniste signale un exemplaire de l’édition princeps, la forme correcte tras choque tellement l’auteur du catalogue qu’il se croit obligé de la faire suivre du mot sic entre parenthèses.

Cet exemple doit nous inspirer une salutaire prudence, et nous ne rejetterons point sur Hugo lui-même la responsabilité de la forme Ibaïchalval tant que nous n’aurons pu vérifier si elle se trouve bien déjà dans l’édition princeps. Si elle s’y trouve, nous serons obligés d’admettre qu’il est arrivé pour ce mot à Hugo une mésaventure semblable à celle qui est arrivée à Catulle Mendès en écrivant la Vierge d’Avila à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure.

Lorsque Catulle Mendès a voulu se documenter, quelqu’un lui a évidemment conseillé de lire Rinconete y Cortadillo, qui est en effet une peinture admirable de certains côtés de la vie espagnole au XVIème siècle. Catulle Mendès a fait cette lecture qui lui était conseillée, sans doute en s’aidant beaucoup de la traduction de Viardot, car il devait lui être difficile de comprendre l’ouvrage dans son texte espagnol. Au cours de cette lecture, il prenait quelques notes: il notait ainsi le mot Tagarote, qui était le nom, ou plus probablement le surnom, de l’un des jeunes Pícaros qui figurent dans le délicieux petit roman de Cervantes. Il notait aussi le mot trainel. Quelques mois plus tard, voulant décrire tout ce qui grouille dans une rue d’Avila, Catulle Mendès a recours à ces notes, mais lui-même ne sait plus les interpréter, ni même les lire convenablement: du nom propre Tagarote, il fait le nom générique de tonte une catégorie d’individus; mais, ce qui est plus fort, en relisant le mot trainel il prend le t pour une f, et l'l pour un t : et il déclare gravement que la rue où se passe l’action est pleine de tagarots et de frainets. — Si donc Victor Hugo a bien écrit lui-même Ibaïchalval, il faut croire que lui aussi s’est trompé en relisant des notes antérieures, et qu’ayant noté un jour le mot chabal, en le relisant plus tard il a pris le b pour une l et un v.

Quoi qu’il en soit, si nous abordons maintenant le fond des choses, nous constaterons que le choix de ce nom, même sous une forme correcte Ibaïchabal, peut donner matière à la critique. Outre que le nom n’est pas des plus heureux pour désigner un torrent de montagne, il est au moins discutable qu’un cours d’eau des Asturies ait pu porter, même au VIIIème siècle, un nom basque (1). Mais peu importait à Victor Hugo un détail discutable de plus ou de moins dans une pièce où presque tous les détails sont faux. Je sais bien que les Hugolâtres répondront: «Peu importe que les détails soient faux, puisque l’idée qui se dégage de l’ensemble est exacte». Je ne saisis pas très bien comment de la combinaison d’éléments faux il résulte un ensemble vrai, et le raisonnement des Hugolâtres me fait songer malgré moi à la plaisanterie traditionnelle sur cette légendaire maison de commerce qui vendait chaque article à perte, mais qui, faisant un gros chiffre d’affaires, se rattrapait sur l’ensemble. En réalité, nous constatons ici une fois de plus l’un des défauts les plus graves de Victor Hugo: il connaissait très superficiellement une foule de choses, et il voulait tirer parti de tout ce qu’il croyait ainsi connaître: parce qu’il avait lu quelques laisses de la Chanson de Roland ou quelques bribes d’histoire de l’Espagne au Moyen-Age, il croit pouvoir en tirer la matière de deux ou trois pièces épiques. Parce qu’il savait un peu d’espagnol, (très peu, d’ailleurs), et quelques mots de basque, il veut faire montre de ses connaissances, et n’aboutit souvent qu’à des barbarismes. Et ce défaut est d’autant plus regrettable que lorsque Victor Hugo, au lieu de s’abandonner aux fantaisies de son imagination, veut bien se contenter de décrire ce qu’il connaît réellement, il compose des oeuvres charmantes, ainsi qu’en témoigne, par exemple, en ce qui concerne le Pays basque et l’Espagne, le récit de son voyage dans le Guipúzcoa et la Navarre, qui est plein de descriptions délicieuses et en général d’une grande vérité.

H. GAVEL


(1) Mr. Julio de Urquijo me rappelle obligeamment un détail que j’avais oublié et perdu de vue: c’est que le Nervión s’appelle précisément en basque Ibaizabal: sans doute Victor Hugo avait connaissance de cette particularité; mais l'invraisemblance qu’il y a à donner un nom franchement basque à un torrent des Asturies, fût-ce au VIIIe siècle n’en subsiste pas moins entière. (RETOURNER)



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