Dominique Garat: 1735-1799
* Traduction au franšais de l┤original en basque
Manex Goyhenetche

Dominique GaratLe 16 novembre 1799 mourait Dominique Garat. Cela fait deux cent ans. Il n'a fait l'objet d'aucune commémoration ni dans le monde abertzale, ni dans le monde culturel basque (à part l'Université Basque d'Eté) ni, à ma connaissance, dans les loges maçonniques, ou chez les héritiers directs des principes de la République française. C'est vrai que le personnage est
difficile à rentrer dans des perspectives réductrices. En outre, il est
souvent confondu avec son jeune frère Dominique-Joseph.
Il naquît le 12 décembre 1735 à Ustaritz, siège à notre époque du
Biltzar et du tribunal de bailliage de Labourd. Son père était médecin, fermier de la dîme, et entretenait aussi un dépôt de commerce à Arruntz.

Il avait donc suffisamment d'aisance financière pour pouvoir payer des études à ses deux fils. Il étudia le droit à Bordeaux et s'y fit recevoir avocat en 1755, fut même syndic de l'ordre des avocats. A l'image de nombreux membres de la bourgeoisie, Dominique fit partie de l'Académie de Bordeaux.

Participant au mouvement des Lumières, il fit partie de la Loge l'Amitié établie aux Chartrons à Bordeaux, en fut expulsé. Il fonda avec quelques autres avocats la Loge l'Harmonie dont il devint secrétaire. En avril 1789, il fut élu, avec son jeune frère Dominique-Joseph, député du tiers état de Labourd aux Etats généraux. Il ne fut pas un témoin passif des événements de l'été 1789. Il prit une part active dans la victoire du Tiers lors des journées de juin 1789, dans l'élaboration et la mise en place du nouvel appareillage institutionnel, judiciaire et administratif ; il accéda au secrétariat de l'Assemblée nationale constituante le 3 juillet 1790 et assuma cette charge jusqu'au 30 septembre 1791.

Les comptes rendus des interventions de Dominique Garat ont été rapportés aussi bien par Le Moniteur Universel que par le Journal des assemblées. On peut ainsi répertorier une quarantaine d'interventions de Dominique Garat entre le 4 août 1789 et le 20 août 1791. Elles ont trait à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, au nouveau découpage départemental (par quatre fois, il réclame un département propre au Pays Basque), à l'organisation judiciaire, à la suppression des privilèges seigneuriaux, comme des ordres religieux, à la constitution civile du clergé, à la peine de mort (il demande que le parricide aye la main coupée), aux conditions de détention carcérale, au système censitaire qu'il refuse au nom de la démocratie.

Il fut arrêté sous la Convention, emprisonné à Montauban, et
libéré, après la Chute de Robespierre, le 2 septembre 1794. En décembre 1795, Dominique Garat devint "Président d'administration municipale" dont l'aire s'étendait, outre Ustaritz, sur Arbonne, Villefranque et Jaxou. C'est à ce titre que, le 30 ventose an IV (20 mars 1796), Dominique Garat présida le jury qui devait procéder à la nomination du nouvel instituteur "le citoyen Pierre Claverie". On vérifia sa connaissance de la "Dernière Loi constituant de la République", mais aussi sa maîtrise de la grammaire basque, car, "dans les communes basques, un instituteur doit savoir très bien le Basque et le Français, autrement les écoliers pourroient oublier le
Basque, sans apprendre le français". L'acte, signé de la main de "Garat Ainé président", est conservé aux archives d'Ustaritz.

N'appréhendons pas Dominique Garat avec les paramètres de cette fin de XXe siècle. Il est de son époque, celle du siècle des Lumières, à la recherche du "bonheur" des peuples. Et pour le législateur, il existe une société idéale, considérée, de manière bucolique, comme un modèle, c'est le Pays Basque. Car les Basques sont restés, pensait-on, à l'état naturel,
sans être corrompus à travers l'histoire. C'est du Jean-Jacques Rousseau, grand bascophile.

Dominique Garat, comme ses contemporains du siècle des Lumières, est ennemi des structures de l'Ancien Régime qui a pour nom, à ses yeux, despotisme et absolutisme. Les nouvelles relations sociales et politiques qu'il veut bâtir sont édifiées sur le concept de la citoyenneté, de la liberté et des droits de l'homme. Mais, dans ce nouvel espace institutionnel et juridique qu'il veut promouvoir, Dominique Garat pose, de manière claire, deux exigences qui relèvent du droit des peuples. La première exigence a trait à la territorialité du Pays Basque. Lors du découpage départemental il réclame une entité administrative qui recouvre les trois "provinces basques", Soule, Basse-Navarre et Labourd. La
deuxième exigence a trait aux droits linguistiques du Pays Basque: il exige que les instituteurs soient apte à assurer l'enseignement de la grammaire basque. Il exige aussi la traduction en basque des nouvelles lois de la République.

Dominique Garat est ainsi à la croisée d'un double héritage, celui
de la révolution française dans la mesure où elle est conçue en termes de valeurs (universelles) républicaines et citoyennes, de justice au service du bonheur des peuples, celui de l'identité du Pays Basque.


Manex Goyhenetche, historien


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